Extrait du roman
Dans le village tzotzil, une vieille femme édentée parlait
en phrases saccadées. Entre les quelques chicots qui restaient,
la voix chuintait.
- ... elle a défié nos dieux et a donné à manger
au profanateur... ils ne doivent pas être cachés très
loin... j'ai essayé de les suivre, mais je suis trop vieille...
D'un doigt décharné, elle grattait son crâne dégarni
où quelques mèches grisonnantes subsistaient. La vieille
haletait d'indignation. Elle avait élevé sa petite-fille
dans la crainte des dieux et voici que Maira rejetait son enseignement.
Vukub Balam, le grand prêtre, s'avança. Chaque jour du calendrier
utilisé par son peuple correspondait à un augure. Il lui était
facile de prédire ce qui arriverait au fugitif et à sa complice.
D'une voix solennelle, il prononça son arrêt.
- La descendance de Maira sera maudite.. Les enfants de ses
enfants disparaîtront
sans que personne ne comprenne comment. Après 8 katuns viendra l'heure
de la vérité et sa race survivra ou s'éteindra à jamais.
Afin que nul n'oublie, les paroles prononcées par le grand prêtre
furent gravées dans le roc. |