Extrait du roman
Ablutions
Dès que le médecin le permet, Martial
ramène sa femme à la maison.
- J'espère que tu as eu ta leçon. La prochaine
fois, arrange-toi pour pas me faire fâcher. Couche-toi, repose-toi,
je reviens tout de suite après le bureau. Tu veux que je t'achète
quelque chose? Des revues peut-être?
- Non, merci. J'ai pas vraiment envie de lire.
- J'ai mis tes broches à tricoter et ta laine
dans la chambre. Ça va te distraire.
Elle pleure.
- J'ai plus de raison de tricoter...
- Arrête de pleurer! Franchement, Fleur! Je fais
tout pour te distraire et t'es pas contente. Tu veux pas te coucher, tu
veux pas lire, tu veux pas tricoter. Je suppose qu'il faut pas non plus
que je m'attende à trouver le souper préparé quand
je vais revenir?
Sans répondre, elle se jette sur le lit tandis
que Martial sort pour retourner au travail.
Au cours des semaines qui suivent, Fleur vaque à
ses occupations sans y apporter le moindre intérêt que ce
soit à l'entretien de la maison ou à la cuisine. Quand il
revient du travail, Martial trouve sa femme avachie dans un fauteuil,
le visage blême, les cheveux en broussailles.
- C'est moi! Où t'es?
C'est là sa salutation quotidienne.
Le corps présent, l'âme absente, Fleur
lève un regard vide de sens sur son mari et ne répond pas.
Martial serre les lèvres de fureur, puis, il
frappe. Ensuite, il l'entraîne vers la chambre et ils font ce qu'il
appelle « l'amour ». Violence et sexe se marient,
forment un couple indissoluble. Fleur reçoit caresses et coups,
les unes aussi douloureuses que les autres.
- Je t'aime, ma Fleur. Tu le sais, que je t'aime. Pourquoi
tu me forces à te battre?
Vents d'Ouest.ca/
|